« Dettes publiques », « Dettes publiques », entend-on scander quotidiennement. A croire que les dirigeants n’ont plus que ce mot à la bouche. Pour être honnête, ils l’avaient déjà avant. Je me souviens encore de la campagne de 2007, le spectre de la dette française était déjà agité à tour de bras. Les candidats criaient l’air affolés « le France est endettée de 1200 milliards d’euro ! ». Mais ces chiffres sont tellement astronomiques comparés à ma fiche de paie, qu’est ce que cela représente ? Et au fond, est-ce grave docteur ? Finalement, la France continue à payer ses fonctionnaires, à emprunter encore plus, et ça n’a pas l’air de déranger grand monde. Mais 5 ans plus tard, après la crise de 2008, la crise grecque, et maintenant celle de l’euro, le sujet semble devenir de plus en plus sérieux. A tel point que les investisseurs semblent pris de panique, et les bourses s’effondrent. Cette réalité qui semblait indolore saborde aujourd’hui directement l’économie européenne et mondiale. Il est peut-être temps de s’attaquer au problème de la dette après tout ((Voir sur le sujet l’analyse d’Attali)).

Mais que faire ? S’il est bon de reconnaître le problème, c’est encore mieux de le résoudre ! Réfléchissons. J’étais à découvert le mois dernier, je n’ai mangé que des pâtes ce mois-ci, et je rentre dans mes frais à la rentrée. Pas si sorcier que ça. Il suffit d’appliquer la même recette à l’état. Hélas, les finances publiques ne se gèrent pas comme le portefeuille de monsieur Dupont. Voici les 4 principales idées, avec leurs avantages et inconvénients pour éponger la Dette de Marianne:

Solution n°1 : Ne pas payer la dette. Ca reste la solution la plus simple. Annonçons aux créanciers qu’il peuvent se brosser, on ne les remboursera pas. Après tout, on ne craint pas grand chose, ils n’enverront pas les autorités saisir les meubles à l’Elysée ! D’ailleurs, cette solution fut pratiquée plusieurs fois durant le cours de l’histoire. Elle présente cependant un inconvénient de taille. Les créanciers en question, banques, particuliers et autres états, risquent de ne pas aimer voir leurs sous partis en fumée. Difficile après cela de demander un nouveau prêt pour payer ses fonctionnaires… A moins qu’on ne soit certains de conserver un déficit nul pendant plusieurs dizaines d’années, cela semble un pari risqué!

Solution n°2 : Imprimer de nouveaux billets pour payer les créanciers. Voilà une solution astucieuse ! Après tout, en tant qu’état, je peux bien mettre plus d’argent en circulation, et rembourser mes frais au passage ! Cette technique, fut également utilisée de nombreuses fois par le passé, et l’est encore régulièrement par les Etats-Unis ((cf. lemonde.fr pour un résumé de l’histoire de la dette française)). Hélas, cette attitude est très souvent génératrice d’inflation. On injecte plus d’argent, mais celui-ci ne vaut plus rien… Retour à la case départ.

Solution n°3 : Manger des pâtes tous les jours. C’est-à-dire réduire le train de vie de l’état. Moins de fonctionnaires, moins de prestations sociales, moins d’investissements. On dépense moins qu’avant, et au bout de quelques années, on finira bien par se refaire ! Là encore, on aimerait que ce soit simple, mais de telles politiques d’austérité plombent l’économie du pays. Les gens reçoivent moins de service, les fonctionnaires ont moins d’argent et moins de postes… Et l’état, qui se finançait en taxant les produits de l’économie voit ses rentrées d’argent réduire. On dépense moins, oui, mais on gagne moins. Caramba, encore raté !

Solution n°4 : Demander une augmentation. Rien de plus simple quand on est l’état. « Chers citoyens, vous allez payer plus d’impôts ». Problem solved ! Mais là, rebelote. Les gens râlent, se serrent la ceinture pour payer leur impôts, et du coup n’achètent pas l’iphone 5 dont ils rêvaient ! Dommage, Car l’achat de ce portable, soumis à la TVA, devait faire rentrer de l’argent dans les caisses de l’état. En plus, on s’est mis tout le monde à dos et on ne risque pas de gagner les prochaines élections.

On voit donc qu’il n’existe pas de solution indolore au problème. Pour sortir de l’impasse, il nous faut user d’un savant mélange des 2 dernières, afin de minimiser les inconvénients évoqués. Une politique libérale privilégiera la solution numéro 3 quand une plus sociale préférera la numéro 4. Cela dit, on règle là le problème du déficit publique, pas directement celui de la dette publique. Pour éponger totalement sa dette, un assemblage des 4 solutions peut devenir nécessaire.

Je pourrais conclure cette article ici, mais je me sens un peu coupable… En effet, il existe une cinquième astuce, accompagnée de beaucoup moins d’effets secondaires. Il suffit d’avoir une croissance suffisante ! Les revenus de l’état augmentent, plus besoin d’augmenter les impôts ou de virer ses fonctionnaires. Les gens sont contents et le chômage diminue. C’est la solution miracle ! Pas étonnant que les politiciens de tous bord s’accrochent désespérément à ce concept. Cette astuce présente néanmoins un gros défaut : elle est impossible à mettre en place ! En effet, il n’existe pas de technique infaillible pour augmenter la croissance. Il y a de nombreuses approches, basées sur des théories économiques des plus sérieuses. Toutes ont marché a une époque, et échoué à une autre. L’histoire est une démonstration permanente de notre incapacité à contrôler la croissance économique. La théorie traditionnelle ((Depuis Keynes essentiellement)) préconise d’injecter de l’argent pour relancer l’économie, tout le contraire d’un serrage de ceinture. Mais évidemment, impossible à l’avance de connaître le rendement de l’opération. De plus, à l’aube du 21ème siècle, il semble que le concept de croissance se heurte à des obstacles majeurs, des obstacles physiques. Est-ce raisonnable de penser que l’on pourra augmenter toujours plus les échanges et productions matérielles face à la crise de l’énergie et l’érosion de la biosphère ? Depuis les chocs pétrolier, nous n’avons jamais retrouvé la croissance des dites 30 glorieuses. Les année 70 marquent aussi le début de l’explosion des dettes publiques et l’augmentation du prix des matières premières. Aujourd’hui, nous n’avons plus de marge de manoeuvre financière, et une input énergétique qui sature. La « solution miracle » est peut-être finalement la moins réaliste de toute…

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5 thoughts on “Les 4 façons d’éponger une dette publique

  1. seulement, le pic pétrolier EST passé par la, et la dette EST la !
    de plus, cette explication ne tient pas debout. Comment se fait il que ces grandes monarchies pétrolieres que sont la Finlande, la Suisse ou le Luxembourg n’aient pas de dette en exces ?

  2. POUR UN AUTRE FINANCEMENT DES ETATS EUROPEENS

    I) Les causes de l’endettement croissant des Etats

    Il y a deux racines au problème des dettes souveraines en Europe.La première racine est l’injustice fiscale qui fait porter l’effort de la nécessaire contribution sur les plus nombreux et souvent les moins riches et qui épargne voire exonère de l’impôt les ménages et les entreprises les plus riches.Comme chacun sait les pauvres ne sont pas riches mais ils sont les plus nombreux.Ce manque à gagner en termes de recettes fiscales a considérablement appauvri les Etats au point que certains d’entre eux sont quasiment devenus des « paradis fiscaux » comme l’Irlande et que l’endettement croissant sur les marchés financiers est devenu une nécessité vitale pour ces mêmes Etats.C’est la deuxième racine des dettes souveraines.Les taux de ces emprunts(conditionnés par les notes des agences dites de notation) destinés à financer les Etats ne cessent de croître au point que l’on peut comparer les dettes souveraines à d’énormes boules de neige dévalant une pente enneigée.En recourant exclusivement aux marchés financiers pour financer la dette des Etats la conséquence a été le financement inflationniste du déficit budgétaire c’est-à-dire l’exact inverse de l’objectif affiché par les traités européens.En effet,le coût annuel de la charge de la dette(c’est-à-dire les seuls intérêts) a dépassé 45 milliards d’euros en France en 2011.Cette charge de la dette devrait atteindre 50 milliards en 2012(soit davantage que l’impôt sur le revenu !) et serait en passe de devenir le premier poste budgétaire de la France.Le problème se trouve aggravé par l’obligation dans laquelle se trouvent les Etats européens de se financer exclusivement sur les marchés financiers(loi de 1973 dans le cas de la France + dispositifs des traités européens).La Banque de France ne peut donc pas prêter d’argent à l’Etat français :elle se contente de fabriquer la monnaie(monnaie fiduciaire).Ce sont les banques commerciales et autres marchés financiers qui prêtent à l’Etat moyennant une rente prohibitive.

    II) L’issue : pouvoir de financement des Etats attribué à la BCE et budget fédéral européen

    On pourrait donc envisager l’issue suivante à l’actuelle crise qui met en péril les Etats ainsi que le système bancaire:les Banques centrales nationales,via leurs gouvernements respectifs,attribuent à la BCE le pouvoir de création monétaire,c’est-à-dire une souveraineté monétaire dont elle reste privée,aux fins de financement des budgets nationaux des pays membres de la zone euro à l’aide de l’actuel FESF (rendu caduc puisque les Etats cesseraient de recourir aux marchés financiers :l’accroissement démesuré des dettes souveraines comme le risque de krach bancaire seraient enrayés ipso facto),d’une taxe sur les transactions financières(et l’accord de la Chine comme des Etats-Unis n’est pas nécessaire comme voudraient nous le faire croire les organisateurs du récent G20),d’une fiscalité européenne(type éco-taxes à élaborer)et du transfert des revenus des Etats membres à un budget désormais fédéral.La BCE remplirait son rôle de banque qui consiste à financer l’activité économique –au minimum celui des Etats-puisque son rôle actuel consiste simplement à orienter l’activité(fixation d’un taux directeur,respect des critères de Maastricht et autre pacte de stabilité).L’Europe(les Etats # marchés)serait dès lors maitresse du financement des budgets des Etats membres et sortirait de la spirale mortifère du recours aux financements privés(spéculations sur les dettes,variations des taux d’emprunts,CDS ou Credit Default Swaps aux stipulations pour le moins obscures,absence de surveillance des Etats mal gérés).

    III) La direction actuelle : défauts sur les dettes et Krach bancaire ?

    Outre le gain qui en résulterait pour les Etats cela leur permettrait enfin de financer des services publics dignes de ce nom,des politiques favorisant l’emploi,la nécessaire transition écologique,le développement de l’activité économique comme celui des peuples et de s’engager sur la voie du désendettement.Ces mesures-impliquant un approfondissement de l’intégration européenne via un budget fédéral-devraient être adoptées dans des délais raisonnables,avant que le financement des Etats ne devienne trop aléatoire du fait du fonctionnement inhérent aux marchés des capitaux(hausse indéfinie des taux d’emprunt du fait de risques croissants..etc) avant que les dettes souveraines ne deviennent incontrôlables (comme dans le cas de la Grèce), et avant que le Krach bancaire(en mode systémique) ne se produise,les dettes souveraines étant inextricablement liées à des actifs et des intérêts privés.Le prévisible krach bancaire aurait pour premier effet de ruiner nombre de détenteurs de titres de dettes souveraines et autres CDS fort rémunérateurs jusqu’à présent c’est-à-dire nettement plus rémunérateurs que le classique livret d’épargne populaire.Les Etats européens ne peuvent plus continuer à être soumis à une telle instabilité financière,économique,sociale et politique.Il y va désormais de leur avenir.

  3. Il est certain que la solution passera un jour ou l’autre (espérons le plus tôt possible) par une réponse européenne au problème. Une mutualisation de la dette et une reprise en main par la BCE du refinancement des états est en fait déjà en cours, quoique très timidement. En donnant plus de pouvoir budgétaire et monétaire à l’échelle européenne, on ne fera que desserrer l’étau de la dette sur les états.

    Notons cependant que la création monétaire, si elle peut permettre de soulager, ne peut être une fin en sois. Les exemples connus du Zimbabwe ou de l’Allemagne des années 20 montre qu’un recours abusif peut provoquer une inflation qui plombe cruellement l’économie. Cela peut néanmoins être un élément de solution, si celui-ci est contrôlé. Nous avons pu parler de la proposition de la FNH, qui propose d’avoir recours à la création monétaire, mais dans un but d’investissement clair.

  4. Je pense qu’on arrive à la fin, qu’on a malheureusement plus de solution… A vrai dire pour qu’on puisse de nouveau retomber sur nos pieds, il faudrait baisser les chiffres de vente pour permettre aux gens de pouvoir ce nourrir a moitié du chiffre affiché, puis réduire les salaire de 60 pour cent de ce qui gagne plus de 1600euros par mois. Cela reste inimaginable pour certains, mais faisable néanmoins!!

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