En 1798, Thomas Malthus, pasteur anglais, publie sa théorie sur les mécanismes de la croissance économique. Cette loi, qui portera son nom par la suite, peut se résumer ainsi : « Quels que soient les progrès réalisés par les civilisations humaines, dans le domaine des arts ou des techniques, le revenu des habitants ne peut pas progresser. […] Toute amélioration du niveau de vie des populations déclenche une augmentation exponentielle de la population. Elle doit être brisée, tôt ou tard, faute de terres disponibles ». Malgré le cynisme cinglant de sa conception de l’histoire humaine, la loi de Malthus fut cruellement respectée pendant des millénaires. Mais l’Europe du 18e siècle vint briser cette fatalité. En effet, en 1769, James Watt invente la machine à vapeur. C’est le début de la révolution industrielle. Durant cette période, le revenu des européens va enfin augmenter significativement. Si la population commence elle aussi à croître parallèlement, c’est elle qui se stabilisera vers la fin du 19e siècle.

La fatalité Malthusienne semble donc vaincue. Mais cette victoire ne fut pas gratuite : la croissance européenne se construit sur l’esclavage qui cultive les terres américaines, ainsi que sur une nouvelle manne énergétique : les énergies fossiles, inaugurées par le charbon. De plus, cette promesse du progrès perpétuel sera violemment scarifiée par les plus grands drames de l’humanité : les deux guerres mondiales du 20e siècle.

Se posent alors de nombreuses questions. Pourquoi l’Europe puis l’Occident furent-ils le berceau de cette révolution alors que l’empire asiatique notamment semble en avance pendant de nombreux siècles ? Comment cette prospérité si prometteuse a-t-elle enfantés les plus grands génocides de l’histoire ? Et que peut-on apprendre de cette compréhension de l’histoire ? Comment la période moderne a-t-elle mené à la crise financière de 2008, malgré les leçons tirées des années trente ? Comment éviter une future crise mondiale, écologique, amorcée avec l’épuisement des ressources planétaires ?

Dans son ouvrage « La prospérité du vice : une introduction (inquiète) à l’économie », Daniel Cohen nous propose des réponses à toutes ces questions. Professeur à l’Ecole Normale Supérieure et vice-président de l’Ecole d’Economie de Paris, Daniel Cohen est aussi l’auteur du best-seller « Trois leçons sur la société post-industrielle ». Tout en découvrant sa brillante analyse, le lecteur est introduit aux grands courants de pensée économiques : d’Adam Smith à John Meynard Keynes et Milton Friedman en passant par Karl Marx. Ces théories sont présentées dans leurs contextes historiques avec les questions auxquelles elles eurent à répondre.

Mais Daniel n’est pas seulement un érudit nous racontant l’histoire de l’humanité sous la lumière des théories économiques. C’est également un vulgarisateur hors pair. Son livre se dévore, et le lecteur reste accroché au récit, gravissant peu à peu la montagne d’informations qui lui est présentée. Bref, vous l’aurez compris, une seule bonne excuse pour ne pas lire ce livre : l’avoir déjà lu !

« La prospérité du vice » : 18 euros sur Amazon.fr.

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