Peut-on vivre sans voiture ? Voilà une question bien délicate, surtout dans une société comme la notre ou la voiture est omniprésente. Malheureusement, il semble qu’en réalité la question ne se pose pas. En effet, aujourd’hui, dans nos sociétés, chacun aspire à posséder sa propre voiture. Mais ce modèle est-il viable à plus long terme ?

Tout d’abord, nos voitures fonctionnent aujourd’hui essentiellement en brûlant du pétrole. Evidemment, confrontés au réchauffement climatique, il y a là un problème majeur puisque ces émissions représentent 18% du total. Mais même en décidant de sacrifier l’atmosphère, l’avenir n’est pas rose. En effet, comme chacun sait, les réserves de pétrole sont limitées, nous ne pourrons donc pas en extraire ad vitam aeternam. Je ne m’étalerais pas sur la question (pour ça consultez l’expert Jean Marc Jancovicci et ). En deux mots, non seulement les stocks sont finis, mais le pique de production a déjà été atteint dans la majorité des pays du monde. De plus, en ce qui nous concerne, n’ayant pas de pétrole sur notre propre territoire, il y a fort à parier que nous serons les premiers à souffrir de sa raréfaction. Concrètement, les problèmes arriveront évidemment bien avant l’épuisement total des ressources, ceci nous laissant au mieux 30 à 40 ans. Il va donc sans dire que cet épuisement a une conséquence directe sur l’industrie automobile !

De plus, il ne s’agit pas dans ce problème d’alimenter nos seules voitures. En effet, tous les pays en voix de développement aspirent à ce même mode de transport. Si l’on ajoute donc le milliard et demi de chinois et le milliard d’indiens dans l’équation, l’épuisement du pétrole sera une affaire réglée d’ici peu ! Concrètement, si les chinois possédaient autant de voiture par foyer que chez nous, ils absorberaient toute la production mondiale de pétrole pour nourrir leurs véhicules.

Cela dit, malgré une production mondiale annuelle d’une soixantaine de million de véhicules, les gouvernements et acteurs de l’industrie automobile semble tout à fait conscients de ce problème. La solution consisterait donc à continuer à vendre des voitures pendant qu’il est encore temps développer une nouvelle forme de véhicule qui serait propre. Mais qu’en est-il réellement de ces alternatives ?

En fait, l’idée qui semble être au premier rang est celle de la voiture électrique. Cependant les bémols sont multiples: puissance, autonomie, prix… Mais ceux-ci peuvent être qualifiés de « détails techniques », que l’on peut tout à fait espérer régler dans l’avenir. J’aimerais donc me concentrer sur les arguments les plus prohibitifs. Le premier est simple, et connu de tous. Il s’agit du fait que l’électricité requise pour faire avancer une voiture doit bien être produite quelque part. Donc en ce qui concerne le CO2, cela ne constitue qu’un déplacement du problème. Même si en France, l’électricité est moins émettrice de gaz carbonique qu’ailleurs car en partie nucléaire, à l’échelle mondiale, la majeure partie est produite dans des centrales thermiques (charbon, fioul et autres), mauvaise nouvelle donc pour le climat ! Ceci dit, il ne s’agit comme je l’ai expliqué que d’un déplacement de problème. Si l’on parvenait à produire proprement des quantités suffisantes (très importantes en fait pour espérer alimenter 6 milliards de véhicules), le problème serait résolu. Mais cela suffit-il pour bénir la solution électrique ? En fait pas du tout. En effet, un tel véhicule nécessite par définition d’être pourvu d’une batterie conséquente. Mais là, même problème que le pétrole, celles-ci sont à l’heure actuelle construite notamment grâce à du lithium. S’il en faut peu pour les batteries des portables et autres ordinateurs, une voiture serait nettement plus gourmande (plus de 1000 fois plus). Mais nous disent les experts sur les réserves ? Et bien nous avons sur Terre de quoi produire disons 2 milliards de véhicules. Insuffisant mais peut-être pas prohibitif. Malheureusement, une étude plus poussée montre qu’il a des goulots d’étranglement à la production (la vitesse d’extraction est limitée), ce qui fait que l’on ne peut imaginer produire plus de 10 millions de véhicule d’ici 2020… De plus, la majorité des réserves sont situées en Cordillère des Andes, et particulièrement en Bolivie. Difficile d’imaginer les conséquences politiques d’un tel monopole, surtout connaissant leur président Evo Morales. Pour une analyse plus complète du problème, n’hésitez pas à consulter Labyrinthe, Jean-Marc Jancovici (encore et toujours), SuperNo (notre provocateur préféré) ou encore l’étude de Meridian sur le Lithium.

Qu’en est-il de l’hydrogène alors ? Hélas, il semble que les problèmes soient de nouveau de même nature. D’abord l’hydrogène n’est pas présent sur Terre à l’état naturel (ou de façon anecdotique), il faut donc le fabriquer. Pour cela, on peut procéder par reformage à partir d’hydrocarbure: émetteur de CO2 et on se ramène encore à consommer de l’énergie fossile. L’autre idée majeure est d’en fabriquer à partir d’eau. Mais cela revient à récupérer encore une fois l’énergie des centrales électriques, et donc même déplacement de problème vis-à-vis du CO2. La voiture à hydrogène n’est donc qu’une variante de la voiture électrique (cf. encore JMJ). De plus, pour fabriquer les piles à combustible (« batteries à hydrogène »), il faut extraire du platine, et donc comme d’habitude, nous serons confrontés à la finitude des réserves…

Il semble donc que la voiture sera tôt ou tard condamnée. En fait, elle est en quelque sorte une aberration physique, puisque le véhicule pèse en moyenne 1.5 tonne pour transporter 80kg de passager (avec un taux de remplissage moyen de 1.2). Ceci a pour conséquence direct qu’une voiture consomme en réalité beaucoup d’énergie pour le service qu’elle rend. 87% de l’énergie est brûlée avant d’atteindre les roues, et seulement 0.3% servent à déplacer les passagers. On peut donc penser que généraliser un telle système à 6 milliard d’individus sera confronté à d’énormes problèmes de production et de ressources, ceci quasiment indépendamment de la technologie employée ! La conclusion semble donc inévitable, le véritable problème est le concept de la voiture individuelle. On parle parfois de « la société de la voiture ». Cela ne semble en aucun cas être soutenable à long terme (et même moyen terme). Mais comment agir ? Car aujourd’hui, bon nombre de personne ont besoin de leur voiture pour travailler. C’est vrai, mais il faut noter que ce besoin a justement été crée par notre modèle de société. Il y a donc 2 fronts, les efforts individuels (ceux qui peuvent s’en passer) et les efforts collectifs. Il faut revoir notre mode de déplacement, il nous faut réinventer la mobilité, afin de s’abstraire de la dominance de la voiture et de notre addiction au pétrole.

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