Ce qui devait être le sommet international le plus important de l’humanité apparait à présent aux yeux de tous comme un échec sans précédent. Après presque deux semaines de rencontres entre négociateurs internationaux, les politiques ont donné le coup de grâce en accouchant d’un « accord » sans aucune contrainte claire ou chiffrée. Certains, notamment Gordon Brown, dénoncent la rencontre comme ayant « été prise en otage » par une poignée d’états (à peu de chose près le G7) qui n’étaient clairement pas prêts à concéder quoique ce soit.

Tout les regards étaient, bien évidement, tournés vers les Etats-Unis. Malheureusement les propositions d’Obama furent très insuffisantes et ont surement sonné le glas de la rencontre. Après un long discours plein de belles paroles sur les enjeux du réchauffement climatique, le président américain a évoqué une éventuelle réduction de 4% des émissions de GES des Etats-Unis pour 2020 là ou le GIEC préconise au pays du premier monde une réduction de 30 à 40%. Le plus marrant de tout cela c’est qu’en annonçant les objectifs de réductions pour les USA, il a parlé de 17%, sans mentionner 2005 comme année de référence. Sans doute pour créer la confusion avec les réductions basées sur 1990 dont tout le monde parle. On s’attendait à un peu plus d’honnêteté de la part de celui qui devait redonner de l’espoir au monde.

La Chine de son côté n’attendait que la déclaration des USA pour se dédouaner de toute responsabilité. Mais plus encore, elle a clairement fait comprendre que sa croissance n’était pas négociable. Normal me direz-vous, quand on sait que la Chine prend, depuis 20 ans, sa revanche contre l’occident grâce à son économie fleurissante. Poussant l’hypocrisie à son paroxysme, l’empire du milieu n’a pas totalement fermé la porte aux objectifs chiffrés mais s’est contenté de refuser catégoriquement tout éventuel contrôle de la communauté internationale.

Du côté français, comme à son accoutumé, nous avons eu le droit à un grand numéro de Sarkosisme. C’est en expert en marketing (pour changer !) qu’il s’est en effet « représenté » sur la scène du Bella Center. Il se disait prêt à « sauver le monde ». Rien n’en fût. Les beaux discours allaient bon train mais à l’image d’Obama pour les USA, nous n’avons obtenu aucun objectif chiffré derrière la dernière couche de blabla.

L’accord final est donc composé de 3 pages comprenants 2 points essentiels :

  • Un accord de principe sur le fait que l’humanité doit maintenir le réchauffement climatique en dessous des 2°C.
  • Un engagement politique sur la création d’une aide aux pays les plus menacés par le réchauffement climatique à hauteur de 30 milliards de dollars sur trois ans aujourd’hui et 100 milliards à l’horizon de 2050. La question de qui va payer et comment reste évidement sous silence. Autrement dit : « demain on rase gratis ». Mais au moins l’énoncé de grosses sommes rassure les plus incrédules et donne bonne conscience. A titre de comparaison le budget annuel de la France tourne autour des 400 milliards d’euros.

En fin de compte, aucun objectif chiffré n’a été envisagé autant pour 2020 que pour 2050. Les Etats devront simplement proposer individuellement un objectif symbolique pour 2010 avec aucune consigne particulière, même pas l’utilisation d’une date de référence commune.

En guise de consolation, il est cependant à noter que jamais une réunion internationale n’a réuni autant de chefs politiques (ils étaient 28) et jamais les ONG n’ont été aussi présentes que lors de cette rencontre. Il est également intéressant de relativiser la nécéssité d’un accord juridique contraignant. Prenons comme exemple Kyoto. Souvent montré comme une référence en la matière, la réalité est loin d’être si glorieuse : les Etats-Unis ne l’ont jamais ratifié, la Russie l’a fait avec huit ans de retard, l’Australie dix et qui plus est les engagements de réduction de nombreux pays n’ont jamais été satisfaits par de nombreux pays (Canada, Australie, Espagne, Grèce, Danemark, Japon, Finlande, Portugal, Autriche…). Pour avoir un ordre de grandeur, les objectifs annoncés de Kyoto était, grosso modo, de réduire les émissions de GES de 7%, la réalité en fût tout autre car, depuis 1990, elles ont environ augmenté de 40%. On peut donc ici émettre de sérieuses réserves quant à l’efficacité d’un accord juridique contraignant. Encore une fois la vraie bonne question est de savoir quelles sont les possibilités qu’ont les dirigeants de ce monde à forcer les consommateurs et les producteurs, c’est-à-dire nous, à revoir leurs mode de vie.

Quoi qu’il en soit, il est à présent inutile de se lamenter plus longtemps sur notre triste sort. Je vous donne maintenant rendez-vous à la rencontre de Mexico en espérant qu’elle sera le théâtre d’un peu plus de courage politique.

Bonus : L’accord (en pdf) tel qu’il a été signé à Copenhague.

Pour approfondir : Les points de vue sur la rencontre de J.-M. Jancovici, Hervé Kempf et Florent Baarsch.


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2 thoughts on “Oubliez Copenhague, rendez-vous à Mexico

  1. Le sommet de Copenhague n’a pas été si noir que ça :
    – le G77 a montré qu’il pouvait mettre la pression sur les Pays du Nord
    – des pays se sont encore un peu plus affirmés (Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, …) et montre actuellement qu’ils luttent effectivement pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (lutte contre la déforestation au Brésil et en Indonésie, loi voté au Brésil sur un objectif de -39% des émissions GES il y a quelques jours, …)
    – les USA était dans une situation où il devait obligatoirement joué au poker menteur, ne pas trop dévoiler ses cartes face à la Chine car ayant besoin de la Chine pour avoir un moyen de pression sur son Sénat et sa Chambre des Représentants et faire voter un texte avant la fin janvier avec des objectifs clairs et des moyens financiers. Les USA ont eu ce qu’ils voulaient à Copenhague et maintenant ils peuvent faire voter ce texte (n’oublions que la démocratie américaine fonctionne différemment avec un Congrès qui a un pouvoir un plus important).
    – d’autres éléments sont positifs : une mobilisation citoyenne croissante, une prise de conscience, une pression des ONG, …
    – ce texte est mieux que rien (de l’avis des représentants du G77) et il est un début plus que la fin, tout le monde s’est vu, et ils peuvent maintenant aller dans le même sens. Soyons optimiste. D’après les experts (IDDRI, WWF, …) c’était jouer d’avance mais il pense que c’est quand même positif.

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