Les techniques agricoles non conventionnelles appartenant au champ de l’agroécologie permettent de cultiver la terre tout en préservant, voire en régénérant le sol. Ce processus contribue directement à stocker du carbone atmosphérique. Une industrie ou activité économique reposant sur la consommation de matière première issue de l’agroécologie serait donc un pas vers une économie négative en carbone.


Jardin cultivé selon des méthodes de l’agroécologie – Crédit photo : Local Food Initiative en CC

Autrement dit, une piste de résolution de l’équation de Kaya, qui démontre qu’en l’état actuel des choses, croissance économique et réduction de nos émissions en CO2 sont incompatibles.


Fig 1 : Equation de Kaya

Selon l’équation de Kaya, les émissions mondiales de CO2 sont le produit de la population mondiale, du PIB par habitant, de l’intensité énergétique du PIB et du contenu en CO2 de l’énergie.

Tous les termes de droite de l’équation étant positifs, et pour la plupart en croissance, cette équation traduit l’inéluctabilité de l’accroissement du taux de CO2 dans l’atmosphère lié à l’activité économique humaine. Les efforts actuels portent sur les deux seuls termes de l’équation qu’il est politiquement admissible de réduire : l’intensité énergétique du PIB et l’intensité CO2 de l’énergie soit l’objet de la transition énergétique. Mais cette transition ne permet pas d’inverser la courbe, de découpler les émissions de CO2 de la croissance, condition nécessaire à un maintien des objectifs de croissance économique sans compromettre (trop) l’avenir climatique.

L’agroécologie pourrait changer la donne ; technique de culture basée sur le maintien au sol d’une couverture de débris végétaux, elle permet de restaurer le cycle naturel d’enfouissement de carbone atmosphérique piégé par les feuilles au cours de leur croissance, dans le sol, sous forme de carbone organique puis minéral. La conversion en agroécologie d’un sol cultivé permet ainsi de stocker entre 1,5 et 7 tonnes de CO2 atmosphérique par an et par hectare, pendant plusieurs dizaines à plusieurs centaines d’années selon les sols et les climats. Comme dirait l’autre, « ça laisse le temps de voir venir »… même si cela ne doit pas freiner les efforts réalisés pour réduire nos émissions dans les différents autres secteurs économiques.

Une pratique d’autant plus intéressante que les biotechnologies permettent aujourd’hui de substituer de la biomasse au pétrole dans un nombre croissant d’applications industrielles. L’exemple le plus connu est celui des biocarburants, qu’ils soient de première ou deuxième génération, mais cela vaut aussi pour la production de plastiques et de différentes molécules utilisées dans les industries cosmétiques, alimentaires, de peintures ou de revêtements, la liste n’est pas exhaustive.

L’utilisation par nos systèmes productifs de biomasse issue de l’agroécologie, en lieu et place de matière première produite par les procédés pétrochimiques conventionnels, équivaudrait en théorie à introduire un terme négatif dans l’équation de Kaya (le n°5), un moyen de réconcilier les objectifs climatiques et de croissance. En pratique il demeure quelques obstacles à surmonter mais ils sont communs à tout processus d’apprentissage industriel, une nécessaire phase de réglage. C’est une voie de transition expérimentée aujourd’hui au Brésil où la canne à sucre sert de matière première dans de nombreuses industries et dont le gouvernement pilote un programme d’expérimentation de la production selon les méthodes de l’agroécologie.

Plus simplement, c’est le sens de l’initiative « 4 pour mille », lancée par Stephane le Foll, ministre de l’agriculture français sur proposition de l’INRA, et qui suggère de compenser les émissions mondiales de CO2 par un effort d’enrichissement annuel des sols en carbone de 4 pour 1000.

De nombreuses limites persistent au déploiement à grande échelle de ce qui n’est pour le moment, au Brésil, qu’une expérimentation. Mais cet exemple illustre que les difficultés de notre époque ne sont pas insurmontables, « réparer la nature » est possible, de nombreuses voies restent à explorer qui combinent la réhabilitation de pratiques de « l’avant-pétrole » et le recours aux derniers développements de l’innovation technologique.

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