Des flacons entreposés sur une étagère
Des flacons entreposés sur une étagère au musée de la pharmacie de la Nouvelle-Orléans.
Crédit photo : meeralee en cc.

 

Avec la fin du confessionnal et le coût d’une séance de psy, le médecin est bien souvent celui que l’on va voir au moindre début de fièvre ou d’inquiétude sur sa santé. 15 minutes de consultation promptement expédiée plus tard, vous voilà à la pharmacie en train d’acheter une cure de vitamines et un petit antibio. Seulement voilà, la relation de moins en moins humaine entre votre praticien et vous ainsi que l’ingestion de gélules comme solution à tous vos problèmes, ça a rapidement ses limites.

On comprend donc aisément le recours croissant aux médecines non conventionnelles, aussi appelées PNCAVT. Les PNCAVT – on ne se lasse pas de le répéter – sont les « pratiques non conventionnelles à visées thérapeutiques ». Sous ce nom poétique trouvé par l’administration française se cache une multitude de pratiques, de techniques et de savoirs dont le but est de nous guérir et d’améliorer notre bien-être.

Il est, par ailleurs, fortement probable que vous connaissiez des adeptes de ces pratiques ou que vous-même vous ayez déjà testé l’une d’entre elles, qu’il s’agisse de l’aromathérapie, de l’acupuncture, du yoga ou encore de la réflexologie. On remarque en effet, depuis les années 1970, un intérêt croissant vis-à-vis de médecines non conventionnelles, bien que 80% de la population des pays développé continue à recourir à la médecine traditionnelle. En Europe, ce sont non moins de 70% des habitants qui ont déjà eu recours à ces pratiques au moins une fois dans leur vie, ce taux s’élevant à 80% pour les personnes atteintes d’un cancer1. Mais comment expliquer un tel engouement ?

Sieur Diafoirus enfin démasqué

Depuis les premiers hommes, le rôle du guérisseur a toujours bénéficié d’une aura d’admiration et de respect, voire de sujétion. Songez au Malade Imaginaire de Molière qui voue une admiration sans borne au médecin qui le traite, le sieur Diafoirus, qui soigne à coup de saignées, de lavements et de latin de cuisine. Songez aussi à votre attitude fébrile quand votre médecin, après vous avoir ausculté et fait des « mmmh » indéchiffrables, décide au moyen d’une graphie frôlant la cruauté visuelle, d’écrire d’un air souverain les lignes de votre ordonnance en énumérant des noms de médicaments qui vous font parfois vous demander si le remède n’est pas pire que le mal.

L’Occident a, au fil des âges, construit une médecine qui s’est fondée sur la science et dont la complexité des protocoles et médications n’a cessé de croître. Un médicament dont le nom fait moins de 3 syllabes est d’ailleurs devenu aussi rare qu’un bon beaujolais nouveau.

Ainsi, cette médecine particulièrement complexe s’est surtout centrée sur le traitement de la maladie et sur ses caractéristiques chimiques. Et le malade dans tout ça ? Et bien justement, c’est là que le bât blesse.

Que vous alliez chez votre praticien, aux urgences ou dans un service hospitalier dédié aux maladies graves, vous aurez sans doute l’impression d’être dans une ruche aux rythmes bien réglés. Mais allez observer ou parler aux patients et vous sentirez chez eux comme chez leurs proches un sentiment d’abandon, ou a minima d’insuffisante prise en charge. Les forums et blogs de patients regorgent, par ailleurs, d’avis similaires et d’anecdotes décrivant souvent un manque de considération, parfois même de compassion, lors de l’annonce d’un diagnostic par exemple. Occupé à se maintenir à la pointe des nouvelles avancées scientifiques, le médecin occidental est perçu comme un technicien qui n’a malheureusement pas le temps de prendre en charge globalement le soin de ses patients.

Une plante vaut plus que mille pilules

Les dérives du « tout-chimique » en matière de médecine sont l’une des premières raisons de l’intérêt grandissant de nos populations occidentales pour les pratiques non conventionnelles. Hormis la volonté de consommer de médicaments davantage « naturels », les autres raisons de cet engouement sont multiples : « Certains usagers cherchent une solution aux limites de la médecine conventionnelle, qu’il s’agisse de l’échec des traitements, du manque de réponses aux maux du quotidien (anxiété, migraines), à la douleur chronique ou à des maladies non caractérisées pour lesquelles les allopathes peinent à poser un diagnostic. D’autres y voient un moyen d’atteindre un meilleur confort de vie en atténuant les effets secondaires de thérapeutiques » indique l’ex-Centre d’Analyse Stratégique dans une note de 2012.

C’est aussi et sans doute leur approche globale qui les rend si populaires. Les médecines non conventionnelles affichent la conviction que l’on ne peut soigner la maladie comme une affaire isolée du reste du corps et que c’est aussi en aidant le corps du malade qu’on favorisera un terreau propice à soigner la maladie. A ce titre, elles sont dites « holistiques » : elles s’occupent de l’intégralité de votre être, physique et psychique, voire parfois spirituel. Elles sont bien souvent préventives, tentant d’intervenir en amont du mal et elles sont aussi douces et bien moins éprouvantes ou intrusives que des protocoles médicaux classiques.

Jouant ainsi sur le champ de la prévention, ces pratiques non conventionnelles sont regardées avec intérêt par ceux qui s’arrachent les cheveux en essayant de réduire le coût de la santé dans notre société. Elles pourraient véritablement venir renforcer la santé des populations, notamment en contribuant au vieillissement en bonne santé, et surtout, en diminuant les coûts des traitements allopathiques, propres à la médecine traditionnelles.

Gare aux gourous et aux gorilles

Malgré le potentiel des bénéfices à obtenir des PNCAVT, la réponse de l’Etat est timide et hésitante. Or face aux développements rapide des pratiques non conventionnelles l’administration se trouve confrontée à une double problématique : des inquiétudes d’une part, et une reconnaissance nécessaire d’autre part.

Les inquiétudes viennent notamment des récits ou de témoignages d’abus,  relayés et analysés par la MIVILUDES2 dans son rapport de 2009 sur les médecines non conventionnelles. Si on y apprend l’ampleur du recours à ces médecines, près de 4 français sur 10, on y découvre aussi que ces médecines recouvrent près de 400 pratiques différentes et que 3 000 praticiens sont soupçonnés de lien avec des mouvances sectaires. Quand on sait que les Français sont parmi les champions du monde de l’achat de médicaments ou de consultations, la manne financière potentielle n’est pas négligeable.

Le risque est donc double. Non seulement les patients de certains de ces praticiens charlatans risquent leur santé et mettent en péril leurs finances, mais encore cette image de médecine « pas sérieuse » et fumeuse qui existe parfois risque fort de décrédibiliser l’ensemble des médecines non conventionnelles.

L’intervention de l’Etat, par ses assemblées comme par son administration, est donc nécessaire pour permettre de créer des formations valables et reconnues, comme elle est fondamentale pour permettre à terme l’intégration et le rapprochement entre la médecine classique et la médecine non conventionnelle au sein d’un même parcours de soin. L’AP-HP3 a d’ailleurs montré la voie puisque dans son plan stratégique 2010-2014 elle a adopté un volet sur ces médecines. Un centre de médecine chinoise y a été créé en 2011 et des accords ont été signés avec les hôpitaux chinois de Nankin, Shanghai et Hong-Kong afin d’offrir aux patients des prises en charge plus complètes de leurs maladies.

Mais au delà des avancées décrites ci-dessus, des freins encore plus puissants que le seul manque d’initiative de l’Etat – oui oui ça existe ! – viennent empêcher la régulation de ces pratiques et par conséquent leurs retombées bénéfiques dans la société.

Passé de 200 milliards de dollars en 1990 à 856 milliards en 2012, le marché des médicaments est un fruit juteux pour l’industrie pharmaceutique. De scandales publics en controverses notamment sur le poids des lobbys industriels, sur le rôle des visiteurs médicaux qui viennent « inciter » les médecins à prescrire toujours un peu plus de médicaments, cette industrie n’a pas intérêt à voir se développer des médecines qui prônent une guérison sans recourir à leurs médicaments. Car au-delà du débat sur la moralité des industriels, il faut savoir que produire un nouveau médicament coûte 800 millions de dollars, prend une dizaine d’années avant d’être mis sur le marché et qu’il faut donc rentabiliser très vite un investissement aussi lourd.

Mais cela, on s’y attendait, n’est pas ?

 

Si vous en avez assez de subir l’aromathérapie de votre charmante belle-mère

Comment alors expliquer ces guérisons, ces sentiments de bien-être retrouvé que rapportent les témoignages des patients, ainsi que les études qui démontrent que les résultats ne tiennent pas qu’un à simple hasard ou effet placebo. En Norvège, un centre d’études dédié avec une banque de données sur les médecines non conventionnelles a vu le jour depuis quelques années. Suisse et Etats-Unis, deux pays en pointe dans la recherche médicale ont quant à eux, ouvert la voie à ces pratiques : il serait dommage de rater le train !

 

Si vous ne jurez que par les séances initiatiques d’ayahuasca péruvienne

Ayez conscience qu’aujourd’hui nous ne sommes pas en mesure de savoir si le jeu en vaut la chandelle. Peu d’études se penchent effectivement sur le rapport efficacité/coût de ces pratiques. Si des siècles de pratique militent en faveur de l’existence de bénéfices réels, c’est par des études scientifiques que patients et médecins classiques pourront saisir la valeur ajoutée de celles-ci. On pourra alors envisager la construction d’un parcours global de santé, allant de la prévention au traitement médicamenteux, parcours qui prendra en compte le bien-être et la singularité de chaque patient.

 

  1. CAS, Quelles réponses des pouvoirs publics à l’engouement pour les médecines non conventionnelles ?, 2012 []
  2. Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires []
  3. Assistance Publique – Hôpitaux de Paris []

One thought on “Quand l’Efferalgan devient l’effet ras-le-bol : le succès des médecines douces

  1. Cet article est alléchant, expose quelques infos puis… comme le rédacteur, on a l’impression d’être dans le flou, le chaud et le froid sont soufflés, et puis alors… ça ne mène nul part.
    On en fait quoi ?

    Je pense qu’il aurait été intéressant d’aller voir ce qui motive tout le monde à consulter le médecin généraliste ou une médecine alternative : exemples…
    – j’ai confiance en mon médecin qui m’a déjà soigné à plusieurs reprises
    -j’ai confiance dans les soins prodigués par l’hôpital parce qu’ils m’ont sauvé ou sauvé un proche
    – j’ai besoin d’un arrêt maladie,
    – la consultation du médecin est « obligatoire » pour mon bébé,
    – si je ne vais pas voir le médecin alors que mon enfant à de la fièvre, je n’aurais pas le droit à des jours de garde pour enfant malade
    – on va me juger une mauvaise mère parce que je n’emmène pas mon enfant chez le médecin en attendant que la fièvre passe,
    – je crois aux médicaments,
    – je ne veux pas savoir comment ça marche, du moment qu’on fait quelque chose pour moi et que je délègue ma responsabilité de ma maladie (si je ne guéris pas, c’est le médecin qui n’a pas pu me guérir, moi je n’y suis pour rien),
    – je connais untel qui a été guérit comme cela, j’y vais voir aussi,
    – je ressens des choses fortes et positives pour moi et je sais qu’à chaque fois cela me fait un peu plus de bien…,
    Je crois que la liste de tous ces motifs serait longue et qu’il y aurait du positif pour tous les domaines alternatifs ou pas. Le fait que la sécurité sociale ne rembourse pas tous les systèmes de soins et tous les médicaments empêche une partie des gens d’aller explorer par eux-mêmes l’efficacité des soins non remboursés. Des statistiques sur le nombre de consultations de diverses pratiques ne seraient donc pas suffisamment représentatives de résultats obtenus sur la santé.
    Je conclurais de cette manière : c’est bien aux gens de se prendre en mains et de vérifier par eux mêmes les effets sans devenir dépendant de qui que ce soit (même la dépendance à un médecin généraliste pourrait être louche finalement, avec son lot de drogue régulièrement prescrit et acheté à grand frais).

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