Cercle_rouge
Crédit photo : Thomas Leth-Olsen cc

 

Au XXIème siècle, l’humanité se retrouve de plus en plus confrontée à la problématique de l’épuisement des ressources. Notre mode de consommation, couplé à une démographie toujours croissante, épuise les ressources naturelles à un rythme qui ne permet pas à la biosphère de le renouveler.

La majeure partie de notre production d’énergie provient de combustibles fossiles. Ceux-ci ont mis des dizaines de millions d’années à se former, et nous épuisons ces réserves à l’échelle d’un siècle seulement. En tête de liste, se trouve le pétrole et la problématique du « peak oil », consistant précisément à analyser son épuisement1. Mais les énergies fossiles ne sont pas les seules ressources épuisables. En effet, le phénomène de pic de production est également valable pour la plupart des métaux et terres rares. Ces matières premières ont également été formées à l’échelle de temps géologiques. A notre échelle, nous disposons d’un stock dont la quantité totale est donnée une fois pour toute. Il est donc crucial de gérer ce stock avec parcimonie.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette problématique d’épuisement des matières premières n’est pas nouvelle. Un certain nombre de civilisations ont, par le passé, précisément disparu à cause de leur trop grande prédation sur leur environnement. C’est l’exemple désormais célèbre des habitants de l’île de Pâques, qui coupèrent jusqu’à leur dernier arbre pour finalement s’éteindre, faute de ressource naturelle disponible. Dans son livre « Effondrement » devenu un classique, Jared Diamond décrit et analyse comment ces civilisations ont fini par disparaître, après avoir détruit l’environnement et les ressources qui assuraient leur survie2. Aujourd’hui, ces problématiques ressurgissent avec une intensité accrue. Car la nouveauté n’est pas tant dans la surexploitation, mais dans ce que ces enjeux sont désormais mondiaux. La difficulté en sera d’autant plus grande que nos 7 milliards d’individus sont concernés, et la surconsommation des uns empiète sur la survie des autres.

Pour répondre à cet enjeu, l’économie circulaire se propose de repenser toute la chaîne de production en intégrant la contrainte de finitude des ressources. Celle-ci s’oppose à une approche linéaire où une ressource est extraite, utilisée puis jetée. Au contraire, l’économie circulaire s’inspire de l’exemple des cycles naturels. Dans la nature, rien ne se perd, les déchets d’une espèce constituant la nourriture d’une autre. Cette équilibre est essentiel à la pérennité de l’écosystème. Fort de ce constat, l’économie circulaire propose d’adopter ce nouveau paradigme. Il s’agit réellement d’un changement de modèle, car un produit n’est plus seulement pensé par sa construction et son utilité, mais il faut également inclure sa destruction, et la réintégration des matériaux au sein de la chaîne de production. L’idée va plus loin que celle du recyclage classique. En effet, dans la vision classique, un objet est recyclé en récupérant le maximum de matières premières afin d’en construire un neuf ou un autre produit. Ici, avant même la construction, l’objet est conçu pour être in fine recyclé. Il s’agit donc de se donner les moyens d’une ambition bien plus forte : recycler à 100% les produits.

La grande force de cette idée est qu’elle est à la fois élémentaire et révolutionnaire. Il s’agit d’implémenter une contrainte physique, à la fois indubitable et simple à comprendre. Pourtant, sa mise en place est loin d’être une partie facile. Cela pourrait passer par exemple par une remise en question de la notion de propriété. Si une machine à laver est seulement « louée » par son propriétaire, lorsque celle-ci n’est plus en état de fonctionnement, l’entreprise qui l’a produite peut la récupérer et dispose alors de tous les éléments pour la recycler afin d’en construire une nouvelle sans consommer de nouveaux matériaux3. Penser ainsi confère un autre avantage, qui est que l’entreprise elle-même a intérêt à penser construction et déconstruction, car elle peut alors produire sans avoir à se fournir en matières premières. Dans un monde où celles-ci se raréfient, et deviennent donc plus chères, des économies conséquentes pourraient être réalisées. Il y a donc aujourd’hui de nouvelles idées qui fleurissent dans le sens de l’économie circulaire4.

Cette idée de cycle est si cruciale, qu’elle ne doit pas se cantonner à la production matérielle, et à l’économie des matériaux extractibles. En effet, les mêmes problématiques se posent pour des ressources à priori renouvelables. C’est par exemple le cas des ressources halieutiques, avec la tristement célèbre extinction du thon rouge. Les poissons sont à priori renouvelables car ils se reproduisent chaque année. Mais ceci ne fonctionne que si notre pêche s’effectue à un rythme suffisamment inférieur au rythme de reproduction. On voit dans ce cas que ce secteur économique n’est circulaire que s’il y a un véritable équilibre entre notre vitesse de prédation et la fréquence de renouvellement du stock. En particulier, ceci montre pourquoi il est essentiel de contrôler notre consommation et de mieux comprendre les cycles naturels. Il en va de même pour notre modèle agricole. Celui-ci devrait être par définition circulaire, puisqu’il s’agit de domestiquer un cycle naturel. Mais encore une fois, pour cela il faut que notre mode de production n’épuise pas les ressources des terres agricoles à un rythme irréversible. C’est malheureusement le cas du modèle intensif majoritairement pratiqué aujourd’hui, comme on peut le voir dans le récent et fascinant documentaire de Marie-Monique Robin5.

 

Si vous pensez qu’il s’agit d’une révolution

L’économie circulaire présente un modèle non seulement durable, mais qui concilie par nature l’activité économique avec la protection de l’environnement. A l’inverse de théories comme la décroissance6, l’économie circulaire n’exclue pas la notion de développement ou d’activité, mais la réconcilie avec les contraintes physiques et environnementales. Plus que cela, l’écologie devient une opportunité, non seulement par les économies de matière et d’énergie réalisées, mais aussi parce que l’innovation y joue un rôle central.
Si vous pensez qu’il s’agit d’une évidence

L’idée de l’économie circulaire part, il est vrai, d’un constat plein de bon sens. Il s’agit de rendre compatible notre consommation avec les contraintes physiques de nos ressources. Mais bien qu’il paraisse évident qu’une société ne peut perdurer sans préserver son environnement, l’économie circulaire va plus loin. C’est aussi un mode d’action. Une solution orientée vers l’optimisme et l’innovation.
  1. cf. le blog de Matthieu Auzanneau []
  2. cf.  La fiche lecture Labyrinthe []
  3. cf. fondation Mac Arthur sur Labyrinthe []
  4. cf. l’e-mag de Suez Environnement, partenaire du Blog du DD []
  5. voir le film en ligne []
  6. cf. Labyrinthe []

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