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L’actualité est vraiment dure à digérer ces temps-ci. Et elle l’est d’autant plus à avaler. Lire la presse ou écouter nos élites parler c’est comme un mauvais trip qui n’en finit plus. Chaque nouveau scandale politique ne fait que renforcer cette sensation nauséeuse  vécue au quotidien. Aujourd’hui j’ai pris trop de paradis fiscaux au petit déjeuner, et j’en fais une ”overdose”.

Je pourrais résumer l’actualité en un mot : Crises. Et j’insiste sur le pluriel car ces crises sont multiples et se manifestent par des déséquilibres économiques, sociaux, politiques et environnementaux. Néanmoins il serait finalement plus approprié de faire référence à une Crise avec un grand C et au singulier, car elles sont indissociables les unes des autres. D’ailleurs cette crise systémique est telle que l’on pourrait se demander si elle ne serait pas le principe et son antonyme l’exception.

Cette crise aujourd’hui globale, se répand comme la peste, dans le monde entier. Mais finalement, ne serait-ce pas ce qu’on cherchait à obtenir ? Car si ce n’est pas la crise qu’on essayait d’instaurer, qu’est-ce qu’on recherche ? Quel est notre objectif final ?

Quelles alternatives à la Crise ?

En tapant “antonymes Crise” sur Google on obtient des résultats très variés  comme abondance, calme, accalmie, épanouissement, détente, rémission, chance, bonheur, équilibre…Donc, pour ne pas être cynique, ce qu’on rechercherait ce serait de l’abondance avant tout, voire de la surabondance, en misant sur l’épuisement de l’actif de notre patrimoine personnel qui s’obtiendrait en agissant comme des équilibristes marchant en pleine tempête sur la corde de la stabilité. Avec un peu de chance, au bout du parcours, on décrocherait un peu de bonheur, en profitant d’une accalmie. La réalité n’est pas beaucoup plus absurde que ça finalement.

Etrangement le terme “croissance” n’apparaît pas dans les résultats de recherche, alors que c’est en mesurant la croissance de notre production que nos élites déterminent si une économie est en crise ou pas. De façon très simpliste, tant qu’il y a un “+” devant le taux d’évolution du produit intérieur, c’est que tout va bien et que l’on peut continuer. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien qu’on dit que les marchés sont aveugles, comme en témoignerait la crise des subprimes de 2008 que personne n’a vu venir. Néanmoins la pensée dominante demeure très attachée au théorème de Smith selon lequel toujours, et un peu par miracle, une main invisible venant du ciel, telle une parabole biblique, viendrait rétablir tout déséquilibre ponctuel. Certes, de nombreuses théories plus interventionnistes ont été pensées et parfois mises en pratique, mais il n’empêche qu’aujourd’hui encore, c’est le marché qui fait la loi. Mesurer la santé et le dynamisme d’une économie uniquement par sa production de biens et services en est le parfait exemple1.

En France, malgré l’initiative lancée par Nicolas Sarkozy en 2007 de charger Amartya Sen, Jean-Paul Fitoussi et Joseph Stiglitz de repenser les indicateurs de mesure de la richesse nationale, rien n’a abouti. Un rapport de plusieurs centaines de pages, rédigé entre autre par deux prix Nobel d’économie, a finalement fini sa vie dans un tiroir, avant même de la commencer. Dommage.

Des crises ou une Crise ?

Pour produire un bien de consommation, il faut des matières premières. Ces matières premières sont, naturellement, toutes sortes de ressources naturelles que l’on extrait du sol, que l’on recueille directement à la surface et que souvent l’on transforme par divers procédés chimiques et industriels. Le fait est que les théories économiques ont mis du temps à intégrer cette richesse en tant que capital, et si par exemple l’école des physiocrates au 18e siècle stipulait que la richesse ne pouvait provenir que de la terre, il a fallu attendre les premières théories mettant en évidence les “externalités”2, et autre  théorie de la “tragédie des biens communs”3 pour pointer du doigt les conséquences de l’activité économique débridée sur l’ environnement.

Le fait est que le marché est tout aussi aveugle en termes économiques qu’en termes environnementales. En d’autres termes, on fait confiance au marché jusqu’à ce que l’on tombe et que cette mystérieuse main invisible venant du ciel, que d’aucuns appelleraient ici “Progrès technique”, vienne hypothétiquement à notre secours. La métaphore de l’équilibriste marchant sur cette corde de la stabilité en pleine tempête, pour représenter l’instabilité du marché, n’est finalement même pas assez forte quand on prend en compte la nécessaire stabilité des écosystèmes. Il faudrait ajouter que cette corde s’use et que l’on continue à marcher dessus en sachant que, soit le vent nous fera tomber, soit que la corde cèdera sous notre poids.

La crise politique se manifeste, elle, par une méfiance croissante de la population vis à vis de leurs élites. Logique quand le modèle en place repose sur un contrat social secoué par les conséquences de cette crise économique ainsi que sur une représentation politique illégitimée par des scandales tels que, récemment et en ordre chronologique: l’affaire Woerth, l’affaire DSK, l’affaire Sarkozy-Bethencourt et très récemment l’affaire Cahuzac. Ajoutez à cela que tout ceci s’est produit en moins de deux ans, que la France, pays de la démocratie, est classé à la 37ème place du classement 2013 de Reporters Sans Frontières sur la liberté de la presse, que la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire est souvent douteuse et comprenez votre défiance croissante vis à vis de nos institutions publiques4.

Une alternative durable à la Crise ?

Finalement, l’alternative à la Crise globale que connaît notre société aujourd’hui n’existe pas. Les seules solutions proposées sont court-termistes, trop ciblées, et donc par définition non durables.

C’est le système entier qu’il faut repenser, et ce en prenant en compte la diversité des paramètres économiques, politiques, sociaux et environnementaux à ajuster, pour ne pas pas reproduire sans cesse cette Crise, qui est aujourd’hui le principe et non l’exception.

Repenser le système, c’est avant tout repenser notre raison de croître ainsi que que les facteurs de cette croissance. Il faut à tout prix changer cet indicateur de croissance obsolèt et fixer un cap à suivre pour repartir sur des bases saines. Sans cette vision co-créée et partagée par l’ensemble de la population, le système ne saurait perdurer.

Repenser le développement implique donc de créer un dialogue entre l’ensemble des acteurs concernés. Or les opportunités pour un développement plus durable en termes économiques, politiques, sociaux et environnementaux sont à portée de mains. Pourquoi ne pas les saisir ?

Thibaut Driffort.

  1. Et ce même si on sait jusqu’au plus haut échelon de la vie politique que ce PIB n’est pas approprié pour mesurer le dynanisme et la santé d’une économie. Car avant tout une économie, en plus d’être une somme d’entreprises qui produisent, c’est aussi une somme d’individus, plus ou moins liés par ce “lien social”, qui consomment et fournissent une main d’oeuvre qualifiée aux entreprises, et dont le bien être est ignoré par cet indicateur très imparfait. []
  2. Toutes conséquences de l’activité économique ayant une influence sur le bien être de personnes étrangères à celle-ci et que le marché ne peut pas prendre en compte. []
  3. Cette “tragédie”, dans la plupart des cas pour l’environnement, apparaît lorsqu’un un bien ne peut pas se voir attribuer des droits de propriété par le marché et est ainsi menacé par des comportements individuels au détriment d’autres individus. []
  4. Remarquez ici que la crise politique est portée par une crise de confiance ! []

2 thoughts on “Un système en overdose de crise

  1. Il faut non seulement repenser le système tout entier … mais remettre à plat l’ensemble du système de valeurs. Ce sont elles qui fondent notre société et dont un bon nombre sont à l’origine de la (des) crise(s).

    Ce sont aussi certaines de ces valeurs utilisent comme justification aux divers combats qu’ils mènent, allant jusqu’au terrorisme.

  2. Bonjour,
    le plus terrible est que cette  » crise  » est totalement artificielle, fabriquée de toutes pièces. Elle n’était peut-être pas voulue telle quelle, mais il est clair que les banquiers comme Goldman Sachs se frottent les mains… C’est toujours aux populations qu’on demandera des comptes, jamais à ce genre de banque pourrie, puisque les gouvernements lui sont soumis… Que dire des 30 000 milliards d’euros qui dorment dans le paradis fiscaux…? Ils rembourseraient largement toutes les dettes causées par le  » casino mondial « …

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