Logo de la monnaie européenne devant le siège de la Banque centrale européenne, le 7 avril 2011 à Francfort
© Daniel Roland

 

Cinq ans ce sont déjà écoulés depuis la crise financière et l’éclatement de la bulle des subprimes. Mais dans l’économie réelle, la crise est toujours bien présente. L’Europe ne le sait que trop bien. Les gouvernements se succèdent, mais la courbe du chômage semble refuser de vouloir s’inverser. En France, le gouvernement Ayrault est pris en tenaille entre sa volonté de rétablir l’équilibre budgétaire, et la croissance en berne, elle-même aggravée par le serrage de ceinture gouvernemental. Du coup, il joue les équilibristes en redistribuant d’une main ce qu’il prend dans l’autre. C’est l’idée de l’accord emploi-compétitivité, censé « décharger » les entreprises d’une partie de leur fiscalité, ce qui financerait la reprise des activités économiques. Mais au delà de la difficulté de telles négociations, on voit bien que l’état manque cruellement de marge de manoeuvre. Pas question d’injecter massivement des sous dans l’économie, alors qu’on s’efforce dans la douleur de rétablir le déficit aux fameux 3% de PIB. Que peut-on alors faire pour relancer l’économie ?

C’est à l’échelle de l’Europe qu’une réponse pourrait être trouvée. Dans une récente interview, Pascal Canfin, ministre délégué au développement, met les pieds dans le plat1. Finançons l’économie par l’Europe, c’est-à-dire via la banque centrale. Celle-ci pourrait dégager des capitaux pour financer un certain nombre de projets communs (aux pays européens) et écologiques. Les idées de secteurs d’avenir où investir ne manquent pas. Que ce soit la rénovation thermique des bâtiments, le développement des énergies renouvelables ou celui des transports en commun, il y a un fort potentiel d’activité économique, et donc d’emplois. De plus, une reprise de la croissance serait un véritable soulagement pour les états, surtout dans l’optique de réduction des déficits, car la récession continue de rendre cette tâche impossible, les rentrées d’argent diminuant de concert avec la baisse des activités économiques. Cette démarche permettrait de vraiment remettre l’Europe sur les rails, en développant un projet à trois niveaux, tenant compte à la fois des court, moyen et long termes. A courte échéance, dans une économie qui peine à se financer, de tels investissements sont cruciaux pour relancer l’activité de la zone euro. A moyen terme, seule une économie bien portante pourra rendre une politique de réduction des déficits soutenable. Et à long terme, il s’agit d’une véritable opportunité de mettre enfin la main à la pâte, et engager la transition écologique dont nos sociétés ont tant besoin.

Comment un tel processus pourrait-il être mis en place ? La Banque Centrale Européenne est soumis à des règles strictes. Entre autre son interdiction de financer directement les états (interdiction largement débattue2) ainsi que le devoir de ne privilégier aucun état européen en particulier. Mais l’Europe dispose d’un autre organe, la Banque Européenne d’Investissement. Celle-ci pourrait être financée directement par la BCE, et investirait sur des projets dans toutes l’Europe, sur des critères écologiques et d’intérêts communs.

Aujourd’hui, si encore aucun chef d’état européen ne propose une telle solution, on constate une véritable évolution positive. Ce genre de proposition commence à faire son chemin au sein de l’Europe, et notamment en France. Hier, l’un de nos ministre défendait ce point de vue. Mais la fondation Nicolas Hulot avait également proposé un tel mécanisme il y a un peu plus d’un an3. De plus, le parlement européen vient également de voter une loi de financement de grandes infrastructures énergétique, avec pour but une véritable conversion de la production énergétique, et une réduction des émissions de CO2 de 20% en 2020, puis 40% en 2030 et 80 en 20504. On pourrait penser qu’en temps de crise, l’écologie n’est pas une priorité. Mais ces projets européens prennent le problème à contre-pied. Les enjeux écologiques deviennent une véritable opportunité de relancer l’emploi par la reprise de l’activité économique.

 

Si vous êtes un optimiste, en faveur de ce qui va vers plus d’Europe

Donner plus de pouvoir à la BCE et à l’investissement européen, c’est aussi un premier pas vers le fédéralisme européen. Si le dispositif en question ne remet en cause aucun traité, ni n’octroie plus de pouvoir politique à l’Europe, elle témoigne d’une évolution des mentalités. La prochaine étape, encore certainement dans un futur assez lointain, serait d’accorder une véritable gouvernance européenne. Un des exemple consisterait à la création d’une dette européenne, et non plus par état, qui empêcherait toute spéculation entre les taux d’intérêts des pays de la zone euro. Plus généralement, des institutions élues démocratiquement, munies de financements propres (impôts européen) pourrait réellement prendre en charge des décisions économique et politique à l’échelle de l’Europe.
Si vous êtes sceptique, et pensez qu’un tel mécanisme prendrait trop de temps

Une telle proposition s’efforce d’être pragmatique, et simple à mettre en place. Il ne sera pas nécessaire de réviser les rôles des institutions européen, mais seulement de redéfinir certains budgets. Malheureusement, elle se heurte à la grande inertie des institutions européennes, dont chaque révision doit faire l’objet d’une consultation à grande échelle. Ainsi, si l’idée de financer des projets écologiques peut rapidement faire consensus, les détails de sa mise en place peuvent mener à de long débats. Il est donc probable que ce type de solution demande encore un peu de temps avant de réellement passer à l’application.
  1. cf. le Nouvel Obs []
  2. cf. Ni Dupes Ni Devins []
  3. cf. LeBlogduDD []
  4. cf. Le journal de l’environnement []

5 thoughts on “Relancer l’économie par l’écologie

  1. L’idée est partagée par beaucoup. Mais comme de nombreuses autres bonnes idées européennes, elle est confrontée à une dure réalité : la taille de l’Union européenne. En effet, sa mise en oeuvre nécessite un accord global, or tous les pays qui sont « en retard » ne veulent pas d’une telle réforme et s’y oppose.
    Prenons l’exemple de la réduction des gaz à effet de serre : la Pologne s’y oppose non pas idéologiquement, mais pour des raisons liées à son mode de production d’énergie (le charbon).

  2. Cher Labyrinthe, s’il vous plait, alors que vous publiez des articles si importants, pourquoi ne faites vous pas de relecture sérieuse avant publication ? Des fautes, et autres oublis de mots, ne sont vraiment pas bienvenus…( défendait « se » point de vue…Plus haut: celle-ci pourrait être financer..je suppose que le « peut » a sauté).

    Merci bien sûr pour votre bon boulot, mais ce serait encore mieux sans les fautes.

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