Jeffrey Lee devant le siège d’Areva à Paris en juin 2011
Crédit photo : Justin O’brien

 

On pourrait dire que Jeffrey Lee, cet aborigène de quarante-et-un ans dont la photo et l’histoire ont fait le tour du monde, fait partie de ces héros modernes d’un nouveau genre.

Depuis les années 70, la région du Nord de l’Australie, à quelques km au Sud-Est de Darwin, est connue pour ses gigantesques gisements d’uranium : on les estime à près de 14 000 tonnes. Dès 1980, une mine d’uranium y est exploitée par une compagnie australienne, mais de nombreuses ressources restent encore inaccessibles à la convoitise internationale.

Au coeur du magnifique parc national de Kakadu, Jeffrey Lee possède une douzaine de km2 de terres qui n’appartiennent pas au parc. Depuis plusieurs années, il fait face à d’énormes pressions du géant mondial Areva, qui s’intéresse de près à l’uranium que possède son sous-sol. Dès 2007, il fait porter l’affaire sur le plan national, en sollicitant l’aide du gouvernement australien pour protéger ses terres en les réintégrant au parc national, lui assurant ainsi une protection légale. En 2011, il s’envole pour Paris pour demander le classement du site au patrimoine mondial de l’UNESCO. Deux batailles qu’il finira par gagner en 2012.

L’acte héroïque de Jeffrey Lee ? Avoir refusé les 2 millions de dollars qu’Areva lui aurait proposé en échange de l’exploitation de ses terres : « L’argent ne m’intéresse pas. J’ai un travail. Je peux acheter de la nourriture. Je peux aller pêcher et chasser. C’est tout ce qui m’importe. »1

La protection des terres fait partie des responsabilités ancestrales de la culture aborigène. Et face à la force des traditions, l’argent et les tentatives de corruption n’auront pu faire flancher les valeurs et la ténacité de Jeffrey Lee :

« J’ai dit non aux mines d’uranium car je crois que la terre et ma culture sont plus importantes que l’exploitation minière et l’argent. L’argent va et vient, mais la terre est toujours là, elle sera toujours là si nous en prenons soin, et elle prendra toujours soin de nous. »2

« Tout ce qui m’importe est ma terre et le privilège et la responsabilité que j’ai envers elle. Cette terre ne m’appartient pas. J’appartiens à cette terre. »3

  1. extrait d’une interview donnée au quotidien australien The Age en 2007 []
  2. extrait d’une interview donnée au quotidien américain Environment News Service en février 2013 []
  3. extrait d’une interview donnée à la chaîne australienne ABC en 2011 []

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