Ils se surnomment les escargots.

Apparue dans les années 60, avec le maintenant célèbre rapport Meadow, la décroissance est une théorie qui séduit de plus en plus. Les pays latins, au naturel pessimiste, comme la France ou l’Italie, en sont les plus grands clients. Cependant, derrière une façade irréprochable, cette philosophie est vouée à un échec certain.

Nous vivons dans une société de croissance. Nul n’est nécessaire de le rappeler. Nos systèmes économiques, sociaux, financiers et bien d’autres, sont basés sur la recherche d’une croissance constante. Si l’augmentation de la population contribue à ce phénomène, les dynamiques aujourd’hui mises en place dans nos échanges économiques et dans les pressions que nous exerçons sur les systèmes naturels sont immensément plus importantes. Les objecteurs de croissance opposent à ces pratiques un monde fini dans lequel les ressources ne sont pas infinies et où la recherche du toujours plus se heurtera tôt ou tard à des limites physiques.

Evidemment, cette remise en question profonde de toute l’organisation de notre société dérange. Elle chamboule nos habitudes et remet en question les socles communs les plus robustes de notre époque. Le progrès est vu comme un mot toxique, cheval de Troie des plus grandes catastrophes de l’humanité : la pollution de l’air, la bombe atomique, le réchauffement climatique, la disparition des abeilles, Tchernobyl et plus récemment Fukushima. La notion de travail en prend également pour son matricule. Vue comme un véritable outil d’aliénation, elle est souvent considérée comme une entrave à l’engagement citoyen, l’épanouissement personnel ou même la vie de famille. Les enseignements qui découlent de ce questionnement sont multiples, profonds et hautement enrichissants.

A la boulimie de l’homme moderne, les décroissants proposent une mise à la diète radicale. C’est dans la simplicité, que l’homme et l’espèce humaine doivent s’épanouir. Oublier le superflue et le matériel pour se recentrer sur les valeurs de partage, de simplicité, d’oisiveté ou de contemplation devient un nouvel idéal pour que l’homme puisse atteindre la prospérité. En somme, les crises écologiques et économiques pourraient être surmontées grâce à une sobriété volontaire et heureuse. Il est vrai qu’en supprimant un problème à sa source, ses conséquences disparaissent immédiatement. Pas de feu, pas de fumée. Pas de société industrielle, pas de déplétion de l’environnement. Pas d’objectif de croissance, pas de crise économique. Mais si sur le papier le projet est implacable, lorsque l’on passe à la pratique, la complexité de la réalité nous revient rapidement au visage telle un boomerang.

Ce que veulent les décroissants, c’est un changement de paradigme. Mais lorsque l’on veut organiser une mutation, surtout de cette envergure, cela se prépare, se planifie, s’échelonne, se réfléchit. Des ruptures brutales, naît la tension. Favoriser le changement c’est avoir une vision modérée aujourd’hui mais des ambitions réelles sur le long terme. Or, dans le cas de la décroissance, nous avons affaire à un idéal lointain qui n’a de sens que dans le monde des idées. Mettre en oeuvre au quotidien les enseignements de la décroissance est, comme pour la plupart des pensées radicales, discriminant, marginalisant et peu attractif, surtout pour un individu moyen peu intéressé par les sujets de société.

Ce n’est que progressivement que nous arriverons à faire évoluer nos modes de vie. Etapes après étapes. Plutôt que de vouloir l’utopie maintenant, il serait plus judicieux de construire la première marche de l’escalier qui nous y mènera. Les pensées philosophiques pointues sont inefficaces dans la poursuite d’un nouveau paradigme. Trop inaccessibles et difficiles à communiquer, elles n’ont comme adeptes que les penseurs extrêmes, et surtout pas la société dans son ensemble. Ce sont des thèmes positifs et engageants qui permettront de rassembler vers la création d’une nouvelle société. La décroissance est une idéologie lointaine et radicale qui est incapable de créer l’adhésion. Ses observations fondatrices sont saines et pertinentes mais elle offre une alternative qui restera, de par sa nature, cantonnée à des milieux minoritaires de convaincus.

Les escargots sont cuits !

 

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Pour ceux et celles qui voudraient (tout de même) creuser le sujet, je conseille :

Survivre au développement – Serge Latouche
La simplicité volontaire contre lo mythe de l’abondance – Paul Ariès
La convivialité – Ivan Illitch (! Attention lecture ardue !) 

8 thoughts on “La décroissance est-elle vouée à l’échec ?

  1. « les décroissants proposent une mise à la diet radicale »

    Il faut bien mal connaître la décroissance pour écrire des conneries comme celle-là.

  2. Merci Alain pour votre commentaire. Cela montre tout de même que l’article vous a interpellé voire intéressé.

    La formulation rhétorique est un peu inquisitrice, je vous l’accorde. En revanche, je ne pense pas me tromper en disant que la décroissance propose ouvertement de moins consommer.

    C’est d’ailleurs un point avec lequel je suis en parfait accord. Je tente simplement d’expliquer dans cette article que ce n’est pas avec cet objectif affiché que l’on peut un jour espérer faire bouger les masses. Même si l’on en explique les bénéfices.

    Il existe, je pense, une voie plus progressive qui permettrait d’atteindre à long terme cet objectif et qui aurait le mérite de susciter une adhésion plus large.

    Ce n’est encore une fois qu’une opinion personnelle, à laquelle il vous est tout à fait permis d’être en parfait désaccord.

  3. Les décroissants pensent que le changement de paradigme est inéluctable, ce n’est pas un choix si les ressources se raréfient, ce que les décroissants prônent c’est une organisation sociale et politique qui prenne en compte la rareté et le partage des ressources. La décroissance n’est pas une idéologie…juste un constat.

  4. Merci à Bernard et Aquitaine Décroissance pour vos commentaires.

    @Aquitaine : Je ne suis pas sûr de saisir où vous voulez en venir. La décroissance ne consisterait donc qu’à attendre dans les meilleures conditions qu’un constat se produise ? Si c’est le cas, je trouve son nom bien mal choisi.

    @Bernard : Lecture intéressante et plutôt modérée. Merci. J’ai, pour ma part, perdu toute adhésion dans la pensée décroissante que je juge triste, floue et idéaliste. Cet article semble malheureusement le confirmer, à commencer par sa longueur et ses longueurs.

  5. Décroissance matérielle il y aura tôt ou tard, c’est un destin mathématique pour une espèce qui doit raisonnablement se limiter à son environnement planétaire, mais le quand est l’objet de nombreuses controverses. C’est donc plutôt sur les valeurs que nous voulons voir prospérer que se situe le débat. C’est l’hypocrisie, volontaire ou non, qui fausse ce débat: il faudrait que chacun déclare ses valeurs et surtout qu’il agisse en cohérence avec elles, le comment est accessoire.

  6. bonjour,
    Je tiens à dire que les adeptes de la secte « décroissance » on toute mon approbation, et j’admire leur courage.
    Bien incapable moi même de suivre ces principes extrême, ils ont toute ml.

  7. Le problème n’est pas tellement que tu (Ludovic) exprime ton opinion via cet article, bien que tout ton propos soit péremptoire donc condamnable rien que pour ça.

    Le problème est que, d’abord par son titre (et ensuite dans son contenu) « La décroissance est-elle vouée à l’échec ? », en accolant décroissance » et « échec », tu participe à véhiculer l’idée que, en gros, la décroissance, ce n’est pas une bonne chose, donc qu’elle est à rayer des alternatives possibles au système actuel, qui lui est réellement et concrètement voué à l’échec !

    Tu confond décroissance et changement radical.

    Faudrait juste éviter de parler de quelque-chose que l’on ne connait guère, surtout de façon péremptoire. Un peu d’humilité mon ami.

    Là, tu fais fausse route :
    « Or, dans le cas de la décroissance, nous avons affaire à un idéal lointain qui n’a de sens que dans le monde des idées. »
    Pourquoi lointain ? et même si ça l’était, avant d’aller vers quelque-chose, il faut déjà savoir où l’on souhaite aller : on met le cap (les moyens) vers un objectif (la fin). Tu assimile l’idée de décroissance à l’objectif, mais c’est au contraire aussi et surtout un cap à prendre.

    « Mettre en oeuvre au quotidien les enseignements de la décroissance est, comme pour la plupart des pensées radicales, »
    Tu décide de la ranger dans la case « radicale », c’est ton choix, mais c’est mieux de proposer aux gens de choisir dans quelle case ils veulent la mettre, non ?

    « discriminant, marginalisant et peu attractif, surtout pour un individu moyen peu intéressé par les sujets de société. »
    Il y a néanmoins de l’idée dans des passages de ton article, et là effectivement, tu en rajoute, mais c’est vrai que faire autrement que la majorité des autres, c’est toujours marginalisant, mais il faut savoir s’affirmer et faire des choix dans la vie.
    « peu attractif » ? pas forcément. Ceux qui sont dopés et enivrés à la consommation de tout et de n’importe quoi, effectivement, ça ne les attire pas. Mais moi qui aime être simple, ça m’attire…

    Le problème est juste une question d’expression : tu nous explique en creux que tu n’est pas prêt à changer, car selon toi ça serait trop « radical », mais au lieu de nous le dire simplement, tu jette publiquement la décroissance à la poubelle.

    à bientôt

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