A Rio de Janeiro, les prémisses du Sommet de la Terre et des Peuples, Rio+20, ont commencé avec la tenue cette semaine de la troisième et dernière réunion préparatoire du sommet.

Cette conférence décennale de l’Organisation des Nations Unies est d’une importance majeure. Lula, ancien président du Brésil, l’a veut être la plus importante de toute l’histoire des Nations Unies. Elle se tiendra à Rio du 20 au 22 juin. De Rio+20 doivent émerger les principes directeurs de la politique environnementale et d’aide au développement des Nations Unies pour les dix prochaines années.

L’enjeu est donc crucial dans un contexte où malgré la crise économique, et pour la première fois, l’ensemble des pays membres des Nations Unies s’entend sur l’urgence et l’importance de la réponse à apporter à la crise environnementale.

Mais si tous les pays convergent sur ce constat d’urgence, cela n’est pas pour autant qu’ils s’entendent sur les moyens d’action et la crispation des négociations fait craindre le pire : l’absence de consensus et une sortie de sommet sans mesures claires ou ligne de route contraignante pour les Etats dans leur engagement pour la sauvegarde de l’environnement.

En tout cas depuis deux jours à Rio, la crème de la diplomatie internationale afflue dans les luxueux hôtels de Copacabana, Ipanéma ou Leblon. Ce qui a fait tripler le prix des logements de toute la ville et rendu de fait l’événement difficilement accessible aux participants non subventionnés. C’est le cas notamment des milliers de jeunes altermondialistes venus des quatre coins du monde pour suivre la conférence ou participer à la « Cúpula dos Povos» : le Sommet des Peuples, qui devrait aboutir sur une « alter-proposition » à soumettre aux grands de ce monde au moment de la signature des traités officiels.

En tout, ce sont pas moins de 50 000 personnes qui devraient affluer dans la cité merveilleuse d’ici au 22 juin. 50 000 représentants des différents peuples, ONG, groupements religieux, mouvements politiques, syndicats ou institutions que compte la planète, sont réunis ici pour faire de ce sommet un événement historique.

Mais la réalité est loin d’être aussi réjouissante. Rio+20 marque les 20 ans de la première conférence de Rio, en 1992, où avait officiellement été accepté par la communauté internationale le principe de développement durable. Depuis lors, une quantité faramineuse d’agences, de traités, de mesures et de lois concernant le développement durable et l’environnement on été mis en place transformant le système onusien en une véritable « usine à gaz », financée par le contribuable mais dont personne ne comprends plus vraiment le pourquoi du comment et dont la légitimé et l’efficacité sont  plus que jamais questionnées.

Comme l’indique le titre de la conférence « Rio+20 : vers une nouvelle gouvernance mondiale de l’environnement et la transition vers une économie verte dans le contexte du développement durable et de l’éradication de la pauvreté », les objectifs principaux seront d’abord de « faire le ménage » dans la gouvernance internationale de l’environnement et puis de mettre d’accord les principaux blocs géopolitiques sur la transition du système économique mondial vers une « économie verte ». Les termes « dans le contexte du développement durable et de l’éradication de la pauvreté » ayant été rajoutés sur demande des pays en voie de développement qui craignaient que la priorité à l’environnement voulue par les pays développés se fasse au détriment du développement économique pur. Il s’agit donc surtout de redéfinir des bases de travail et des principes fondateurs convenants à toutes les parties pour ensuite pouvoir avancer ensemble. Reculer pour mieux sauter !

En marge de ces deux thèmes principaux, la conférence de Rio+20 fera le bilan des actions menées pour l’environnement et le développement depuis 1992 et de l’état actuel de la situation mondiale. Enfin les acteurs de la conférence définiront les objectifs à atteindre pour enrayer la pauvreté, les inégalités de développement dans le monde et la dégradation de l’environnement. Vaste programme donc !

C’est donc afin de regrouper les domaines de l’environnement ET du développement économique sous l’égide d’un seul et même organe de gouvernance international au mandat transversal que devrait être créé, à l’issue du sommet, soit une nouvelle agence onusienne spécialisée, soit une Organisation Mondiale de l’Environnement. L’envergure du mandat et les moyens d’action de cette nouvelle agence seront considérablement étendus par rapport à celles de l’actuel Programme des Nations Unies pour l’Environnement : Le PNUE.

Créé en 1972 à l’issue de la conférence de Stockholm, le PNUE est actuellement en charge de la protection environnementale dans le système onusien mais malgré les 600 agents et les 75 millions de dollars alloués annuellement à son fonctionnement, son rôle demeure purement administratif et son efficacité douteuse. Très éloigné des réalités de terrain, le PNUE est surtout dépassé par l’explosion des accords et des conventions relatifs à l’environnement créés depuis Rio 92 (plus de 500 accords et conventions internationales, ayant conduit à plus de 5000 décisions), incapable donc de remplir son rôle de coordinateur de l’action internationale pour l’environnement et d’aboutir à des résultats effectifs sur le terrain.

Deux propositions ont donc émergé pour la refonte du PNUE en un nouvel organe de gouvernance internationale de l’environnement et du développement économique:

–       la création d’une Organisation Mondiale pour l’Environnement (OME); proposition française appuyée par l’Union Européenne.

–       la création d’une Organisation des Nations Unies pour l’Environnement (ONUE).

La différence, d’ordre statutaire, concerne les sources de financement, le degré d’autonomie et le rayon d’action accordé à la nouvelle agence.

La proposition française de création d’une OME, à l’image de l’OMC, confèrerait à la nouvelle agence plus d’autonomie et d’indépendance qu’une ONUE, qui serait plus légitime mais par définition subordonnée à l’ONU et redevable devant elle de ses décisions.

Le consensus qui semble se dégager des négociations en cours tendrait plutôt vers un renforcement du PNUE avec des attributions nouvelles, donc vers la formation d’une ONUE et non vers la constitution d’une OME.

C’est l’un des enjeux des négociations actuellement en cours, portant sur des modifications du « Draft Zéro »… ce document, au nom aussi barbare qu’impressionnant, est sensé recueillir les clés de la sauvegarde de la planète, publié en janvier 2012 après deux ans de préparations, c’est le graal sur lequel s’acharnent les négociateurs de tous les pays et des « majors groups » présents en ce moment à Rio (les « majors groups », créés à l’issue de Rio 92, représentent les grands groupes de la société civile et lui permettent, via ses représentants officiels, de participer aux négociations internationales).

L’objectif, obtenir un document sur lequel s’accordent l’ensemble des parties prenantes, est de taille et son atteinte extrêmement laborieuse. Dans les dizaines de salles de négociations, les négociateurs discutent, paragraphe après paragraphe, ligne après ligne, mot par mot, le contenu de chacune des parties du texte. Un document (pré)-final devrait en être issu et permettre un accord rapide entre les chefs d’Etats lors de leur venue entre le 20 et le 22 juin.

Ce document final détaillera le statut de la nouvelle agence onusienne, l’ensemble des constats et objectifs sur lesquels s’accorde la communauté internationale, et la définition exacte du terme « économie verte », concept séduisant mais pour lequel personne n’a encore de définition précise.

Rio+20, s’ouvre donc sur fond de crise mondiale et multidimensionnelle, dans un monde en pleine mutation : crise économique, crise environnementale, mais aussi crise de légitimité et d’efficacité des instances internationales. Les pays du G7 ne sont plus les seuls à édicter leurs lois et ils doivent désormais composer avec des pays émergents à la puissance diplomatique croissante, bien décidés à faire accepter leurs positions.

Dans un tel contexte, Il serait illusoire de s’attendre à des résultats et des mesures transcendantes, promptes à résoudre dès demain la crise environnementale et les inégalités de développement du monde. Mais c’est dans la modestie affichée face aux objectifs de ce sommet que réside probablement l’espoir : pour la première fois les dirigeants de ce monde font preuve de lucidité et d’humilité face aux colossaux enjeux auxquels notre époque est confrontée. Si les négociations sont plus laborieuses du fait d’une répartition plus équilibrée des forces au sein des différents acteurs géopolitiques, elles augurent d’une plus grande acceptation des efforts qui seront consentis, tant par les acteurs du Nord que ceux du Sud.

Rio+20 ne sera certainement pas suffisant pour sauver la planète mais peu jeter les bases d’un nouveau système de gouvernance mondiale de l’environnement, au fonctionnement transparent, compréhensible de tous, légitime aux yeux de la société civile et des gouvernements du Nord comme du Sud afin, enfin, de mener des actions efficaces sur le terrain et d’effectuer une transition vers un monde réellement durable.

 

Credits photos : Sumita Gosh – Negociator tracker in Rio for the Adopt a Negociator Project.

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Le courrier de Rio : tous les 5 jours, depuis Rio+20, une analyse du déroulement du Sommet de la Terre et des Peuples par notre envoyé très spécial Edouard. Un info prise sur le vif avec un soupçon de jeunesse pour l’un des plus importants sommets pour l’environnement de la décennie.

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