Alors qu’Eva Joly sort tout juste de l’hôpital, l’écologie reste le débat le moins animé de la présidentielle française. La candidate EELV plafonne à quelques 2% dans les sondages, alors que sa principale concurrente écolo Corinne Lepage n’a même pas pu se présenter. Obnubilé par le nucléaire, les maigres interventions d’EELV ne suffisent pas à mettre l’écologie devant les projecteurs.

Mais ce billet n’est pas un appel au vote vert. C’est surtout un coup de gueule quant au désintérêt total des candidats à la présidentielle sur les questions écologiques. Quand on pense qu’il y a quelques jours à peine, l’Ile-de-France passait le « seuil d’alerte » de la pollution de l’air. Inutile de s’étendre dessus, le constat est clair. Le trafic routier est trop dense, ne fonctionnant qu’au pétrole, il relâche du CO2, mais également des « particules fines », toxiques pour nos petits poumons1. L’air est si pollué que certaines écoles ont annulé des activités de plein air. Nos enfants ne peuvent même plus jouir du grand air, mais nous continuons à faire les autruches.

Mais l’enjeu va bien au delà. Nous le savons, la transformation de nos économies vers le durable est un enjeu majeur de ce siècle. Alors, c’est vrai, les candidats à l’élection présidentielle ont des sujets plus importants à aborder : la crise. Non, mieux encore : le halal, ou l’affaire Merah… En fait, si seulement on parlait de la crise ! Si on en parlait, peut-être pourrait-on en arriver à la conclusion que l’écologie n’est pas un obstacle de plus, mais une opportunité d’aller de l’avant. Un exemple crucial est celui de la rénovation des logements2. Il s’agit d’un enjeu majeur de la politique énergétique, car les fuites thermiques des habitations consomment une part importante de l’électricité produite. Mais de tels travaux nécessitent de dégager des fonds. Le rendement étant finalement modéré, l’intervention publique est nécessaire, mais difficile en temps de dettes abyssales. Le problème des logements passe donc aussi par la refonte de la politique monétaire européenne.

Il est un autre sujet abordé plusieurs fois par les candidats : le prix de l’essence. En fait, en amont, c’est la question du pétrole qui se pose, des capacités de production, de notre dépendance. Euréka ? Les politiques s’emparent d’un sujet crucial ? Hélas… Leurs considérations à visé purement électorale n’ont pour seul but que de rassurer le porte-monnaie des automobilistes. En effet, la seule solution proposée par François Hollande pour le moment est de geler les prix à la pompe. Comme si le pic pétrolier n’y était pour rien. On attend 3 mois et le pétrole redevient bon marché. Le PS se lancerait-il dans la magie noire ? Bien sur, Nicolas Sarkozy s’est empressé de railler son adversaire. Pas très fair play de sa part, quand on sait qu’il y a moins d’un an, sa ministre des finances (Christine Lagarde à l’époque) proposait une « solution » identique3… Mais écoutons le brave homme, sa solution serait-elle plus pragmatique ? « Faites jouer la concurrence »4. Bon sang, mais c’est bien sur, le Dieu Marché va nous tirer d’affaire grâce au merveilleux principe d’autorégulation ! Dommage que l’on y ai pas pensé depuis 40 ans que les prix du pétrole augmentent.

Encore une fois, il y a derrière l’idée que le problème du prix de l’essence serait uniquement conjoncturel. Certains spéculent, profitent d’un pétrole qui devrait rester essentiellement gratuit. Malheureusement, la réalité est toute autre. Les réserves de pétrole diminuent, les nouveaux gisements sont de plus en plus difficiles d’accès, de plus en plus chers (huiles dites non conventionnelles), et le climat international de plus en plus tendu (rappelons que la majorité des réserves ne sont pas détenues par les plus grandes démocraties). De l’autre côté, les économies émergentes, qui ne sont pas au coeur d’une crise de l’euro, augmentent inlassablement leur consommation. Moins de production, plus de demande, donc des prix qui augmentent. Le Dieu Marché risque fort de devoir se plier aux lois de la géologie. Comme le dit un journaliste que LeBlogduDD aime bien, « le pétrole, c’est l’éléphant oublié au milieu du salon »5.

Pour en revenir à notre bon président, sa dernière idée en date est de faire appel aux « réserves stratégiques » pour faire baisser les prix à la pompe6. Il s’agit de (quelques) barils conservés par l’Europe et les Etats-Unis, à utiliser en cas de « coup durs ». Ces stocks furent mis en place après les chocs pétroliers de 70. Il y a 6 mois à peine, le président Obama y a fait appel. Juste avant l’élection, Nicolas Sarkozy veut brûler des barils chèrement stockés, dans un ultime élan de séduction. Et ce bien sur, sans aucune ambition à plus long terme de diminuer notre consommation. On est vraiment loin, très loin d’une prise de conscience politique du problème.

  1. cf. LeMonde.fr []
  2. cf. l’intervention d’Alain Grandjean à NiDupesNiDevins []
  3. cf. LeBlogduDD []
  4. cf. LeJDD []
  5. cf le Blog de Matthieu Auzanneau []
  6. cf. LeMonde.fr []

One thought on “L’écologie, grande oubliée des présidentielles

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